Escalade en Dauphiné - France

Voie « Oléos » à Archiane

ouverture en 2010 du bas par Philippe Mussatto
dimanche 10 octobre 2010 par Philippe MUSSATTO

Rendre hommage, commémorer avec de la pierre quoi de plus banal. Au mieux certains plantent des arbres ou gravent un nom sur leur écorce ; dans le vivant pour retenir encore le vivant. Pour un temps seulement certes mais nécessaire pour retarder l’oubli.

Hommage

Luc un jour d’hiver, nous quitte pour toujours. Une autre matière vivante, la glace traitresse, emporte mon ami d’enfance et compagnon fidèle d’une cordée de plus de trente ans qui ne s’était pas arrêté de parcourir la montagne. L’ineffable, l’absurde, l’irréparable, l’inadmissible qui pense-ton n’arrive qu’aux autres nous arrive un jour. ..
Ce jour là Luc « lucos » pour nous ses amis, perd la vie. Nous perdons sa vie, et son vivant.
Depuis ce jour glacial son souvenir, quelques images, un regard croisé (tiens c’est lui), son sourire aussi (quel pitre) , me reviennent tous les jours à l’esprit.
Me voici en cet hiver là, bien seul avec ma peine, décidant de repousser l’oubli. Lui rendre hommage est dans tous les esprits je vais faire ce que je sais faire de mieux : ouvrir une voie dans la pierre (quoi de plus banal ?)
Difficile à croire mais ouvrir une voie revient à faire pousser un arbre. A gratter l’écorce et suivre la sève des prises. Par ce lent travail qui dura plus de dix jours , dix jours à penser à ma vie (bien m’assurer ne pas commettre d’erreur) , à sa mort et surtout à son vivant encore vivace comme le printemps fait remonter la sève enfouie dans le sol. Dix jours pour me retrouvant malgré cela ouvrir une voie non seulement pour lui , mais avec lui. Derrière moi, devant moi , et surtout en moi . Sans lui désormais son vivant subitement m’apparut distinctement, comme la clarté des pleines lunes qui inondent chaque mètre de terre. Chaque mètres de rocher fut-il beau ou laid me vit passer : concentré, silencieux, solitaire mais accompagné sur cet arbre gris par le silence de la solitude (Archiane est un havre de paix) .
Ouvrir cette voie en solitaire et en bon style revînt à faire le lent travail du deuil. Mètre après mètre contre un mur, entêté, hanté par sa désormais absence .
Luc et moi avons commencé l’escalade ensemble il y a plus de trente ans. Cette cordée même plus distendue ne s’était pas défaite.
Oléos était une expression qu’il aimait pousser comme le font les toréros face aux taureaux dans l’arène. « Oléos » ! : cri de résistance face à tout ce qui pouvait porter ombrage à sa joie : emmerdes en tout genre qui affluent toujours si on y prend pas garde, pirouette qu’il vouait à l’ennui, qu’il lançait pour écarter les prises de têtes, espagnolade gonflée face au risques, certainement un pied de nez à la peur…à sa peur et à son angoisse aussi. J’ai voulu rendre hommage à ce vivant là, à sa façon de sauter les obstacles , en ouvrant une voie pas toujours très belle mais à prendre comme cela , comme elle vient avec son lot de déplaisirs : passages délicats, petites herbes tenaces, prises rebelles ou mouvantes, en invitant quiconque la parcourra à utiliser , à chaque difficulté son expression : Oléos !!
Vous verrez ça marche !

Topo de la voie

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Oléos - Topo de la voie

Portfolio

Luc Avogadro
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