Escalade en Dauphiné - France

Refuge Giacoletti : le Soreiller du Queyras/Mont Viso

mercredi 13 juillet 2011 par Hervé Galley

Pour vos vacances d’été, vous rêvez d’un refuge en montagne, et même presque en « haute » montagne, avec l’ambiance qui va avec, et la fraîcheur qui fait oublier la fournaise citadine ? Il faudrait aussi que ce refuge soit placé au pied de faces en bon rocher de 300 mètres de hauteur, avec quelques minutes de marche d’approche en baskets, et des descentes à pied faciles et rapides, également en baskets ? Et avec de quoi occuper au moins une semaine en grimpant tous les jours, de préférence au soleil ? Bien sûr, le refuge du Soreiller, avec sa fameuse Aiguille Dibona, répond en grande partie à ce cahier des charges, mais vous le connaissez certainement déjà. Il en existe un autre, un peu plus lointain, certainement moins connu, mais vraiment idéal pour l’escalade en grande voie moderne bien équipée dans un registre de difficulté raisonnable (4c à 6a/b) : c’est le refuge Vitale Giacoletti (2741 m) du Club Alpin Italien.

Situation

Ce refuge est construit en Italie, au pied même de la crête frontière avec la France, qui forme à cet endroit, en versant Est, une longue barrière rocheuse. Cet ensemble de parois, hautes en moyenne de 300 mètres, s’étire sur près de sept kilomètres, du Mont Viso (3841 m) au Mont Granero (3171 m) en passant par les sommets du Visolotto, de la Punta Gastaldi, des Pointes de Rome, d’Udine et de Venise. Le refuge Giacoletti est situé exactement au départ de la Cresta Est de la Pointe d’Udine (3027 m), joli éperon de dix longueurs en 4c bien protégé, avec une approche minimale : 30 secondes à 2 minutes selon votre condition physique. Du refuge, vue fantastique sur la face Nord du Mont Viso toute proche.

Dans ce secteur, le rocher est un gabbro de bonne qualité, proche du gneiss, riche en à-plats et en réglettes, et d’adhérence très correcte. Les voies modernes (« itinerari sportivi ») dont il est question ici ont été nettoyées, et elles sont équipées de goujons. Le gardien du refuge, le guide Andrea Sorbino, et son aide Giu-Giu Roberti sont tous deux des grimpeurs, des ouvreurs et des équipeurs, et ils sont à l’écoute des suggestions et critiques qui leur sont faites, n’hésitant pas à aller rajouter des points après coup si besoin. L’équipement est donc devenu très proche, au fil du temps, de ce qu’on trouve généralement en grande voie moderne en France ; emporter quelques anneaux de corde et une poignée de coinceurs, au cas où.

La face Est de la Pointe d’Udine comporte plusieurs autres belles voies modernes de huit à douze longueurs, dont Alice (5c max, 5b obligé) des frères Etienne et Guillaume Vallot ; Tempi Moderni (5c+ max, 5c obligé), un chef-d’œuvre du maître italien Fiorenzo Michelin ; Visto per il Peru (6a max, 5c obligé) ouverte par Massimo Piras, et le dièdre Raffi-Rattazzini (6a+ max, 5c obligé), ces deux dernières nettoyées et rééquipées récemment par Andrea et Giu-Giu. Il y a aussi, dans cette face si proche du refuge, trois ou quatre grandes voies plus difficiles (6b+ à 7a) et un secteur de couennes du 5a au 6c ; et même du bloc aux alentours.

Un peu plus éloignée (15 à 20 minutes d’approche à plat), la face Est de la Pointe de Venise comporte plusieurs jolies voies dont celle des Torrioni (11 longueurs homogènes en 5b maximum avec un court passage d’Ao ; 5a obligé) ou la voie Dimensione Quarto (5a max, 4c obligé). D’autres beaux itinéraires sont réalisables depuis Giacoletti mais avec une approche plus conséquente (une à deux heures), comme la voie Michelin-Masoero (12 longueurs, 5c max, 5b+ obligé) au Monte Granero, ou les deux voies Ti Punch et Trois Rivières (l’une en 4c/5a, l’autre en 5c/6a) de la face Ouest de la Pointe de Rome, aussi accessibles depuis le Queyras français (elles constituent d’ailleurs un bon moyen de gagner ce dernier depuis la France en grimpant). Les Pointes d’Udine et de Venise se descendent facilement et rapidement à pied, via le couloir Est du col du Porc, équipé en via cordata/ferrata (moins d’une heure jusqu’au refuge). De la Pointe de Rome on descend également à pied au refuge Giacoletti sans grande difficulté (PD, 3b) par la voie normale italienne, bien balisée.

Le refuge Giacoletti est aussi un haut-lieu des courses d’arêtes rocheuses. L’intégrale de la longue arête-frontière, du col de la Traversette au Mont Viso, a été baptisée « Cresta Berhault » par les Italiens pour commémorer son premier parcours hivernal en solitaire. Plusieurs tronçons de cette arête ont été nettoyés et équipés de goujons, par exemple la Cresta Gagliardone (ou traversée Pointe d’Udine – Pointe de Rome : un kilomètre d’arête dentelée, 5b max, 4b obligé, en restant toujours sur le fil), une magnifique chevauchée de crête entre France et Italie, avec un accès et une descente commodes par la via cordata du col du couloir du Porc et la voie normale italienne de la Pointe de Rome.

Tout n’est pas idéal en ce monde, et les parois dominant Giacoletti ne sont pas toujours exemptes de la brume épaisse (la fameuse « nebbia ») qui monte certains après-midi de la plaine du Po et rend l’ambiance fantômatique. Cependant les voies depuis Giacoletti sont en face Est, au soleil très tôt le matin : il suffit d’être matinal pour ne pas être gêné par la brume. Pour les grimpeurs, un autre inconvénient de Giacoletti est la nourriture, à l’image des gardiens : bonne et généreuse.

Renseignements pratiques

Où trouver les topos ? Par exemple dans le livre de Sylvain Pusnel et Guillaume Vallot, Alpinisme Escalade pour tous en Queyras (d’autres voies ont été équipées depuis sa parution) ; ou sur internet (excellent site du refuge, www.giacoletti.it, rubriques « arrampicata » puis « itinerari sportivi ») ; ou encore au refuge.

Comment s’y rendre ? Soit depuis le Queyras français en montant de Ristolas (la Roche Ecroulée) au refuge CAF du Viso, puis en traversant le col du couloir du Porc (environ 5 heures de marche en tout) ; ou en gravissant une des voies de la face Ouest de la Pointe de Rome, en descendant ensuite par la voie normale italienne.
- Soit depuis l’Italie, en remontant la vallée du Po jusqu’à Crissolo puis Pian del Re (route étroite et réglementée, parking payant à Pian del Re, il existe aussi, en principe, un service de navettes depuis Crissolo) d’où on monte au refuge en 2 heures de marche.

Quand grimper ? En été. Le local d’hiver, toujours ouvert, est minuscule (6 places). Il peut rester quelques névés jusqu’en juillet, selon les années (se renseigner au refuge).

Comment réserver ? Le refuge Giacoletti comporte 56 places et est gardé de mi-juin à mi-septembre. Pendant cette période il vaut mieux réserver, en téléphonant directement au refuge (00 39 0175 940 104 depuis la France ; le gardien, Andrea, et sa femme, Laura, parlent très bien français). On peut contacter le gardien, hors période de gardiennage, par e-mail : rifugiogiacoletti@perosa.it.


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