Escalade en Dauphiné - France

Impact du réchauffement climatique

Les paysans « fourchus » de Presles et l’Homo Grimpiens Hibernatus
jeudi 8 février 2007 par Emmanuel Briot

Dans le cadre de recherches sur l’impact des modifications climatiques, notre équipe a mis en évidence les conséquences humaines et économiques de l’adaptation d’une espèce animale à ces dérèglements.

L’Homo Grimpiens Hibernatus (HGH) est un petit mammifère qui vit dans nos régions et qui niche dans les parois exposées au soleil. Ce descendant des lémuriens se déplace par reptation sur les rochers avec des mouvements assez lents comparés à ceux du lézard.
Il possède un cycle hibernatoire surprenant. Son hibernation est parfois interrompue pour quelques heures par une intense activité physique sur les murs de sa niche rocheuse, recouverte de protubérances, qu’il a lui-même sculpté, et où il reproduit sa reptation sur les falaises. On voit même, au cœur de l’hiver, certains spécimens s’élancer dans des ascensions totalement irrationnelles sur les parois recouvertes de glace.
Cette attitude hyperactive sporadique, parfois suicidaire (lorsqu’elle s’effectue sur les parois glacées) s’explique par un métabolisme d’hibernation étonnant. Car là où l’ensemble des espèces hibernantes dépérit au fur et à mesure de l’hiver, l’HGH, lui, voit sa masse adipeuse s’étoffer de jour en jour (le détail de ce métabolisme inversé reste encore mal connu à l’heure actuelle). Ce stockage de graisses permet de palier aux grandes dépenses énergétiques estivales de l’animal. Mais si l’hiver dure trop longtemps, le stockage adipeux devient gênant. Il semble donc que l’HGH est mis au point une stratégie ancestrale de déperdition calorique lors de l’hibernation afin d’éviter une surcharge pondérale au printemps, lui permettant de conserver ses capacités de reptation indispensables dans son écosystème.
Or ces dernières années, avec le réchauffement climatique, sa période d’hibernation tend à se réduire à quelques semaines voir quelques jours. Les conséquences sont pour lui considérables, car il n’arrive plus à reconstituer le stock de graisse qui lui permet de survivre à son année d’hyperactivité sur les rochers. Son appétit grandissant en période estivale, il occasionne des ravages considérables dans les cultures environnantes.
Dans les communes très touchées, comme à Presles et Choranche au sud de notre département, les retombées sur l’économie locale sont importantes. Certains agriculteurs exaspérés ont mis au point une technique de limitation de la population d’HGH. Cette espèce étant protégée, elle ne peut être chassée au fusil. C’est donc au moment de la reproduction que les agriculteurs de Presles et Choranche ont décidé d’agir. A l’aide de fourches, ils séparent les HGH lors de l’accouplement (l’agressivité de certains animaux pouvant parfois occasionner des griffures ou morsures). Mais cette technique demande une présence de tous les instants au pied des parois. Car bien qu’excessivement maigres, ces lémuriens gardent une activité reproductrice intense, preuve d’un instinct de survie renforcé en cette période de stress intense pour l’espèce.
La détresse des agriculteurs de nos régions reste donc entière devant l’ampleur du phénomène et ceux-ci se retournent actuellement vers les pouvoirs publics afin d’obtenir une indemnisation.

Nous voyons donc par le biais de cette étude zoologique, que le réchauffement climatique a déjà des retombées économiques et humaines dans notre région. Une prise en compte globale de l’ensemble de ces coûts doit à terme, nous l’espérons, influer sur nos politiques énergétiques nationales et internationales.

Publication : revue Nature, février 2007


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