Escalade en Dauphiné - France

Terrain d’aventure

Initiative Terrain Equipé :-))
jeudi 15 février 2007 par Bruno Fara

Un vaste débat agite actuellement la communauté… Pour certains, l’utilisation de protections faussement baptisées "naturelles" (coinceurs à câble et mécaniques, sangles, pitons), semble la seule méthode de protection garante du label AVENTURE.

Ces prosélytes un tantinet manichéens veulent tentent de s’opposer à une pratique de l’escalade et de l’alpinisme pratiquée dans des voies équipées à demeure de protections fiables issues de l’industrie (Goujons et scellements). Pratique, qui selon eux, est dénuée des valeurs propres à l’aventure.
On pourrait donc discuter longuement de ce qu’est exactement l’aventure, et si vraiment elle n’existe plus dès la parution de protections fixes. Il me paraît évident qu’une voie comme l’Axe du Mal à Tadrarate (Equipée par Arnaud Petit) est une aventure beaucoup plus riche en émotions que bien des fissures yosémitiques … mais ce ne sera pas le sujet de mon texte. Je veux plutôt disserter sur le rapport de valeur lié aux moyens mis en œuvre pour se protéger.
Depuis quelques années, la cotation d’une voie est fixée pour une ascension avec un nombre donné de protections. Ce système facilement lisible permit de hiérarchiser clairement la pratique.
Autrefois, quand on débutait l’escalade et l’alpinisme (activités longtemps liées), on essayait de savoir qui était le meilleur (aussi bien dans l’hexagone que dans les clubs et même les groupes de copains). Le seul critère était les horaires… pas du tout le style. Celui qui allait vite (très vite) était le meilleur. Au retour d’une grande voie tu donnais ton horaire, (on te le demandait d’ailleurs), et pas la manière dont tu avais négocié les passages difficiles ! La Walker ou la Directe n’étaient valables que sans bivouac et cette hiérarchie se retrouvait même dans les voies des Préalpes où le chronomètre établissait la valeur d’une cordée.
Ensuite au début des années du libre, le style devint un critère important avec Edlinger en grand vainqueur. Puis ce fut la notion de prise de risque avec les solos médiatisés. Mais la grande question que posait ceux qui réclamait leur part des sponsors restait "qui est le meilleur sportivement ?" … C’est à dire qui est celui qui est capable de réaliser les voies les plus difficiles "Qui est le champion en terme de pure performance ?"
Pour ce faire, il fallait un support stable et les voies équipées de façon définitive permirent de se confronter les uns aux autres dans des conditions identiques sur le plan sportif . Une cotation est largement liée à l’équipement de la voie, et modifier ce paramètre au gré de ses désirs en plaçant soi même les protections me paraît en opposition totale avec la recherche d’une performance quantifiable.
Selon moi, seuls les équipement fixes donnent une valeur à une réalisation parce que tous les candidats à ce challenge sont sur un plan d’égalité.
Mais si je milite pour ce type de protections fixes, en pourfendant régulièrement les chantres du "tout coinceurs", c’est aussi parce que ce type de protection permet toutes les tricheries dans certains terrains propices. On revient alors aux anciennes valeurs du "j’ai fait la voie … peu importe comment" … seule est exprimé la réussite de l’itinéraire. On quitte alors justement ce qui fait la richesse de l’escalade actuelle où le contentement doit venir du style et non pas de la promenade effectuée… contentement qui diminue graduellement avec les points de repos et les points d’aides qui deviennent alors autant de petits échecs ! Et seul un équipement fixé définitivement par l’ouvreur ou la collectivité permet ce jeu.
La déviance vers la facilité permise par les systèmes de coinceurs mécaniques modernes devient patente au Yosémite où n’importe quel grimpeur un tant soit peu bricoleur arrivera à grand renfort de camalots en haut du célèbres Nose. Je rêve de la même voie équipée à demeure avec uniquement les moyens utilisés par ceux qui la gravissent à la journée … ce serait alors un tout autre challenge et une aventure bien plus enthousiasmante. Plus le terrain se prête à la pose facile des coinceurs mécaniques et plus je l’affirme, ce style d’escalade perd de sa crédibilité.
Pour trouver une positivité à cette pratique il faudrait lister précisément ce qui est autorisé par longueur et s’y tenir scrupuleusement. En rajouter ce serait alors comme laisser pendre une sangle de 2 mètres dans un passage engagé … ce serait tricher !
Autant une voie Larcher, Mussato ou Petit avec du 7a ou du 7B obligé entre les goujons me semble imposer le respect … autant avancer avec toute une quincaillerie sans aucune règle fixe concernant l’engagement, me paraît sans fondement au niveau de l’éthique. Et surtout un tel mode de pratique ne relève en rien du vocable AVENTURE revendiqué par les adeptes.
Ceux qui vantent cette pratique veulent-ils retomber dans les excès des années 60/70 où n’importe qui répétait les voies mythiques des Dolomites à coup de pitons ? Que l’on pose dans la Comici à la Cima Grande le nombre de pitons plantés par Emilio (même des scellements ou des goujons) et la plupart de ceux qui s’y promènent en parlant de terrain d’aventure seront ramenés à la réalité de leur niveau en escalade.
Une activité sportive n’a un sens que si elle est codifiée et l’escalade ne doit pas échapper à ce critère. Remonter une fissure Yosémitique ou Verdonesque à grand renfort de Camalots c’est comme s’harnacher d’Oxygène pour aller au sommet de l’Everest … c’est une réalisation louable sur le plan individuel mais sans rapport avec ce que l’on cherche à reproduire en terme de sens des valeurs.
Derrière les plus virulents prosélytes de l’escalade sur protection naturelle, se cachent bel et bien des grimpeurs qui refusent la rigueur binaire (échec/réussite) que leur impose l’escalade sportive sur équipements fixes. Ces acharnés de l’internet, qui font du lobby anti goujons sur les forums, ne représentent absolument pas ceux qui, justement, utilisent à bon escient ces système d’assurance.
Car oui ce système de protection a un sens … mais dans des terrains où l’engagement moral reste la clef de la réussite, des terrains où la protection ne se place pas pour assurer un mouvement gymnique, des terrains où grimper lentement met en jeu la survie… Surtout pas des micros falaises ensoleillées hantées par des Tartarins alpinistes. A la Terre de Baffin, au Fitz Roy ou à Trango là oui les coinceurs se conjuguent avec le mot aventure mais par pitié pas à La Sainte Victoire, en Chartreuse ou à Presles. Et même l’alibi du terrain d’entraînement reste non recevable (certains revendiquent des déséquipements sur ce thème)… on ne s’engage pas dans des trucs limites à sa première expérience c’est certain, mais pour se familiariser avec le terrain d’aventure c’est le vent du nord et les coulées de grésil sur le casque qui restent basiques (ce terrain manque pas à Chamonix ou en Oisans) … ce n’est pas chercher son camalot en short dans une dalle inondée de soleil. Planter un clou (un vrai ou un piton), poser un coinceur, cela ne nécessite pas des écoles dédiées à cette pratique … je pense même que celui qui avance avec cet état d’esprit ne sera jamais vraiment apte au vrai terrain d’aventure !


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